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Régulation · · 3 min de lecture

IA verte : le même argument qu'il y a quinze ans, sous un nom neuf

Coller l'étiquette IA sur les mêmes impasses écologiques ne les résout pas. Critique du greenwashing technologique, jusque dans les couloirs de la COP30.

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Il y a quinze ans, Jeremy Rifkin publiait La Civilisation de l’empathie et promettait, entre autres choses, que les smart grids allaient refonder le système énergétique mondial. Les réseaux intelligents étaient « prêts ». La technologie accomplirait ce que la politique n’avait pas su faire. On sait comment l’histoire s’est terminée.

Aujourd’hui, il suffit que certains découvrent le mot « IA » pour que la promesse semble inédite. L’argument, lui, n’a pas bougé d’un iota.

Un récit recyclé

Le raisonnement se déroule ainsi : il existe un problème considérable, le dérèglement climatique ; il existe une technologie prometteuse, l’IA ; partant, la technologie résoudra le problème. Optimisation énergétique, prévision de la demande, détection des fuites sur les réseaux électriques, modèles climatiques à haute résolution : la liste des applications s’allonge chaque semaine.

Le problème ne tient pas à la fausseté de ces applications. Il tient à la conclusion qu’on en tire.

Prédire n’est pas maîtriser. Gagner en efficience n’est pas réduire. Et numériser sans limites ne relève pas de la durabilité ; c’est dévaler plus vite la pente qui nous a menés jusqu’ici.

Qu’un système d’IA anticipe avec plus de finesse les pics de demande électrique n’implique en rien que la consommation totale baissera. Si le gain d’efficience sert à produire davantage, l’effet net sur les émissions peut être nul, voire défavorable. Les économistes ont un nom pour cela : l’effet rebond, ou paradoxe de Jevons. Ce n’est pas une hypothèse d’école ; c’est une régularité documentée chaque fois que l’efficacité énergétique progresse sans qu’aucune contrainte de volume l’accompagne.

La part d’ombre des centres de données

S’y ajoute une ironie que les discours sur l’« IA verte » évoquent rarement : ces systèmes consomment eux-mêmes des ressources à une échelle croissante. Centres de données, eau de refroidissement, minerais critiques pour les puces. Chaque requête adressée à un grand modèle de langage a un coût énergétique bien réel, quoique invisible pour celui qui la formule.

Il ne s’ensuit pas que l’IA soit intrinsèquement insoutenable. Il s’ensuit que l’équation ne se réduit pas à « IA = moins de carbone ». Tout dépend de ce qu’on en fait, à quelle échelle, avec quelles sources d’énergie et sous quels contrepoids réglementaires.

La COP30 et la tentation technologique

Cette logique irrigue désormais des enceintes comme la COP30. La tentation se comprend : face à l’ampleur de la crise, la technologie offre l’illusion d’une issue qui dispenserait de toucher aux modèles de production et de consommation. Il suffirait d’optimiser, de prédire, de numériser.

Or, si l’on veut parler sérieusement de durabilité, la première tâche consiste à poser des limites. À défaut, le récit de « l’IA qui sauvera le climat » n’est qu’un cheval de Troie de plus : il détourne l’attention de l’essentiel, qui est de réduire, de réparer et de freiner là où il le faut.

Les effets de l’effondrement écologique n’attendront pas que le récit technologique arrive à maturité. Et lorsqu’ils se manifesteront, la question ne sera pas de savoir si nous disposions des outils, mais si nous avons pris les décisions qui s’imposaient.

Questions fréquentes

L'IA peut-elle contribuer à la réduction des émissions de carbone ?
Contribuer, oui ; résoudre, non. Un système d'IA sait optimiser un réseau électrique, anticiper la demande énergétique ou affiner le rendement de certains procédés industriels. Mais optimiser n'est pas réduire, dès lors que le volume total d'activité continue de croître. Faute de limites structurelles posées sur la consommation, le gain d'efficience se convertit en production supplémentaire, non en empreinte moindre.
Qu'entend-on par greenwashing technologique ?
La pratique consistant à présenter une technologie comme une solution environnementale sans qu'aucune réduction vérifiable du dommage écologique net soit établie. Appliquée à l'IA : annoncer que ces systèmes vont sauver le climat sans jamais chiffrer leur propre coût, celui des centres de données, de l'eau de refroidissement et des minerais critiques, ni démontrer que le bénéfice l'emporte sur ce coût.
Quelle est la consommation énergétique de l'IA ?
Les centres de données représentaient déjà de l'ordre de 1 à 2 % de la consommation électrique mondiale selon les estimations de l'Agence internationale de l'énergie (AIE). L'essor des modèles génératifs depuis 2023 fait grimper cette part, et les projections à l'horizon 2030 divergent largement selon les hypothèses de croissance retenues.

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Publication LinkedIn originale — Publié à l'origine le 29 novembre 2025 · lire l'original