« L’IA ne va pas remplacer les avocats, mais l’avocat qui sait utiliser l’IA va remplacer celui qui ne sait pas s’en servir. »
Cette phrase circule sans relâche sur les réseaux sociaux, dans les webinaires et lors des conférences sur les technologies juridiques. Elle a un certain rythme. Elle est formulée dans un langage très normatif, comme s’il s’agissait d’une prophétie : inévitable, objective, une conclusion acquise d’avance.
Mais c’est un sophisme dissimulé sous une apparence de confiance technique.
Le premier problème : savoir utiliser n’est pas la même chose que savoir réfléchir
Cette citation met sur un pied d’égalité deux choses distinctes : savoir utiliser un outil et savoir réfléchir avec cet outil. Ce n’est pas la même chose.
La maîtrise technique ne génère pas le jugement professionnel. Elle l’amplifie lorsqu’il existe déjà ; elle en révèle les limites lorsqu’il fait défaut. Assimiler les deux présuppose que la valeur de la pratique juridique se résume à l’utilisation d’un logiciel, que la compétence est interchangeable avec l’adoption de celui-ci. Ce n’est pas le cas.
Un avocat qui utilise un outil d’IA sans savoir quelle question poser, quel risque assumer ou quel résultat remettre en question n’est tout simplement qu’un avocat qui commet des erreurs plus rapidement.
Le deuxième problème : le droit n’est pas une fonction technique
Ici, la confusion est plus profonde. Cette affirmation réduit le droit à une fonction technique, remplaçable par l’efficacité, alors que sa valeur réside précisément dans ce que l’efficacité ne peut mesurer : le jugement, le discernement et le courage épistémique face à l’incertitude.
Ces qualités ne se traduisent par aucun indicateur clé de performance (KPI). Elles n’apparaissent pas sur un tableau de bord de productivité. Et aucun outil, aussi sophistiqué soit-il, ne peut les générer.
Sur ce point, l’analogie du micro-ondes soulignée par Colin Cornaby est tout à fait pertinente : la technologie transforme notre façon de cuisiner. Elle ne redéfinit pas ce que signifie bien cuisiner. Le micro-ondes ne remplace pas le chef ; il accélère certaines tâches et en rend d’autres obsolètes. La LegalTech fait exactement la même chose.
La question qui se pose est la suivante : qui sait quoi faire lorsque l’outil ne suffit pas ?